Sevrage tabagique en entreprise : les secrets du succès

Depuis 2019, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à entamer les démarches pour devenir des ‘entreprises sans tabac’. Question de santé dans un contexte de carrières de plus en plus longues, mais aussi d’image d’employeur. L’accompagnement au sevrage tabagique en entreprise a aussi la cote auprès des travailleurs, dont un sur trois réussira durablement à arrêter de fumer. Comment mettre toutes les chances de leur côté ?

Le sevrage tabagique a ses cycles – ou ses ‘pics législatifs’, comme les appelle Sophie Roman, tabacologue chez Mensura : « En 2009, quand la loi a interdit de fumer dans les locaux des entreprises, l’accompagnement au sevrage tabagique en entreprise a connu une première vague de succès. Un peu plus tard, on a connu un autre pic quand a été signée la CCT 100 invitant les entreprises à protéger leurs travailleurs contre les substances toxiques comme l’alcool et les drogues. »

« Les entreprises ont d’abord fait ces démarches pour se conformer à la loi » analyse la spécialiste. « Aujourd’hui, on constate une nouvelle vague de demandes, qui sont davantage liées à l’image des employeurs. Les entreprises ne veulent plus de fumoir chez elles. Dans tous les esprits, le tabac est désormais associé à un risque accru de maladies cardio-vasculaires. Les entreprises ne veulent plus cautionner cela. »

Ajoutez-y les effets positifs d’un sevrage réussi sur le bien-être mental, et vous avez le tableau complet de ce qui motive les employeurs à proposer un accompagnement à leurs travailleurs. « Se libérer de cette dépendance au tabac a aussi une influence positive sur le plan psychologique : moins d’angoisse et de stress et, pour les personnes plus fragiles, moins d’épisodes de dépression. »

L’accompagnement en groupe, plus porteur que le suivi individuel

L’accompagnement en entreprise a un atout indéniable : l’effet de groupe. « D’après notre expérience, les accompagnements collectifs sont plus efficaces que les suivis individuels. Cela tient probablement à la dynamique de groupe : personne n’est seul dans ses efforts, il y a une forme de soutien collectif. C’est motivant à la fois pour s’y mettre et pour tenir l’effort dans la durée. »

Plus recherchées, les séances en groupe sont généralement plus difficiles à trouver. Pouvoir y accéder sur le lieu et pendant les heures de travail est un avantage non négligeable pour les candidats au sevrage. « Cet aspect ‘cadeau de l’entreprise’ a un effet très positif sur l’expérience des collaborateurs et l’image de l’employeur » souligne Sophie Roman. « Néanmoins, il est important que le travailleur s’implique aussi financièrement, par exemple en payant lui-même ses moyens de substitution. On l’a constaté, si le travailleur n’investit rien lui-même, les résultats dans la durée sont moins bons. »

Prise de conscience

Un accompagnement collectif s’étend sur 8 séances minimum, organisées sur 3 mois. « Si on peut les faire suivre de quelques séances plus espacées pour offrir un suivi jusqu’à un an, on augmente encore les chances de succès » souligne la tabacologue.

Dans tous les cas, la séance informative de départ a toute son importance. « Nous recommandons de l’ouvrir aussi aux non-fumeurs. Ils sont parfois intéressés parce qu’ils sont concernés par le tabagisme passif, parce qu’un de leurs enfants à commencé à fumer, parce qu’ils veulent soutenir un collègue… Le but de cette séance, c’est de donner de l’information, mais aussi de générer une prise de conscience. Certains seront frappés d’entendre que la cigarette contient notamment de l’ammoniaque, une substance qu’ils évitent en principe d’ingérer. D’autres seront sensibles aux informations sur l’industrie du tabac, et aux procédés qu’elle utilise pour attacher les fumeurs à leur dépendance. Mettre des mots sur une dépendance comportementale – ce qui se fait généralement pendant cette séance d’info – c’est aussi aider les gens à en prendre conscience. »

Résultat positif pour un fumeur sur trois

Quelle que soit la formule choisie, l’accompagnement augmente les chances de réussite. « Sans aide, plus de 95 % des fumeurs qui souhaitent arrêter rechutent dans l’année. Avec un suivi, une personne sur trois parviendra à tenir dans la durée. Cela a donc un impact d’investir dans l’accompagnement, même si le chemin reste difficile. » Le reste dépendra de la capacité du tabacologue à créer une bonne dynamique de groupe, et de la ténacité de chacun.

Quelques conseils pour lancer le sevrage tabagique dans votre entreprise

  • Optez pour une communication positive et banissez tous les termes culpabilisants.
  • Commencez par une séance d’info sur le tabac, où vous invitez aussi les non-fumeurs.
  • Prévoyez des groupes de 8 personnes maximum pour privilégier l’interaction.
  • Soyez généreux… mais pas trop : l’investissement financier du fumeur est aussi une motivation à persévérer.

L’aide au sevrage tabagique dans votre entreprise ?

Si les collaborateurs arrêtent de fumer, cela exerce une influence positive sur leur santé. Ils seront en outre plus dynamiques et productifs. Arrêter de fumer n’est cependant pas facile. Si un groupe de collaborateurs participe ensemble au programme de sevrage tabagique, leur motivation est accrue et la chance de réussite est plus élevée. En tant qu’employeur, vous pouvez jouer un rôle important en proposant le sevrage tabagique.