De l’invisibilité à la prise en compte : gérer les maladies chroniques au travail
Tous les jours, de nombreux travailleurs luttent contre une maladie invisible ou chronique, comme le diabète, les rhumatismes, l’endométriose, la migraine, etc. Même s’ils ont l’air en bonne santé, leur condition rend leur quotidien particulièrement difficile. Qui dit maladies invisibles dit besoins invisibles. C’est précisément pourquoi ils méritent une attention particulière dans toute politique de bien-être.
Selon le Service public de Programmation, 26,8 % des Belges de plus de 16 ans sont atteints d’un trouble ou d’un problème de santé chronique. Chez les plus de 50 ans, ce chiffre s’élève à 33 %. Pourtant, cette réalité reste souvent (littéralement) invisible, en particulier sur le lieu de travail. En ouvrant le dialogue sur ce sujet, vous pourrez plus efficacement adapter le travail et le poste de travail aux besoins des personnes souffrant d’une malade invisible. Résultat ? Des collaborateurs plus heureux et moins d’absentéisme. Voici quelques conseils concrets pour y parvenir.
Qu’est-ce qu’une maladie invisible ?
Une maladie invisible est une affection qui ne se voit pas, mais qui affecte grandement la vie et le fonctionnement d’une personne. Exemples :
maladies auto-immunes (SEP, rhumatisme, lupus)
douleur ou fatigue chronique
diabète
cancer et traitements de longue durée
troubles mentaux (dépression, troubles anxieux)
...
L’impact sur le travail est énorme. Ainsi, des études européennes montrent que les personnes atteintes de diabète comptent 2 à 10 jours de maladie en plus par an. Un chiffre qui monte à 147 jours en cas de rhumatisme. Loin d’être anecdotique, cette réalité pose un défi structurel. Tant au travailleur qu’à l’employeur.
La réalité économique
L’absentéisme coûte cher. Aux heures de travail non prestées, il faut ajouter les coûts indirects : perte de productivité, remplacements, surcharge de travail pour les collègues, etc. Additionnés, ces coûts représentent une somme gigantesque. Découvrez comment déterminer les coûts directs et indirects de l’absentéisme dans votre entreprise.
Prévention proactive
En Belgique, l’absentéisme est réglementé par la loi sur le bien-être et la législation sur la réintégration, dont les grandes finalités sont :
la prévention des maladies ;
la prévention de l’absentéisme pour cause de maladie de longue durée ;
une réintégration plus rapide et plus flexible.
L’attention croissante accordée à la prévention est une bonne chose. Marieke Dombrecht, infirmière et chercheuse chez Mensura, met cette évolution en perspective : « prenons un travailleur atteint de rhumatisme ou de sclérose en plaques, affrontant en silence sa maladie ; il ne sera pris en charge qu’après une nette détérioration de son état. Avec toutes les complications qui en découlent – pour lui et les autres parties. Aujourd’hui, trop souvent, l’accent reste mis sur la réintégration du travailleur après des mois d’absence. Mais par la prévention, le dialogue et des adaptations apportées en temps utile, on peut agir de manière proactive, augmenter l’employabilité et ainsi réduire l’absentéisme. »
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Mise en place d’une approche préventive et humaine
Vous voulez avoir un réel impact ? Adoptez une approche alliant prévention, dialogue et politique centrée sur la personne. Trois parties y jouent un rôle clé :
1. Vous, l’employeur
Assouplissement des conditions de travail : horaires flexibles, télétravail, reprise progressive du travail.
Aménagements du poste de travail : adaptations ergonomiques, transfert des tâches, réduction de la charge physique.
Leadership centré sur les personnes : formez vos cadres à la gestion des maladies chroniques et des signaux psychosociaux.
Culture d’inclusion : généralisez la pratique du dialogue, sans attendre que les choses tournent mal.
Sécurité psychologique : créez un climat où les collaborateurs osent exprimer leurs besoins.
Incluez ces actions dans votre politique de bien-être. Elaborez également une politique claire en matière d’absentéisme, afin de pouvoir le gérer de manière structurée.
💡 Conseil : pour en savoir plus, lisez 6 conseils pour un lieu de travail inclusif pour les personnes handicapées.
2. Le travailleur atteint d’une maladie invisible
Parler de sa maladie peut être délicat. Toutefois, il est important que les travailleurs atteints d’une maladie invisible expriment leurs besoins et leurs limites. Demandez-leur quelles tâches leur sont (plus) difficiles ou à quels moments leurs symptômes s’aggravent. Les travailleurs peuvent en parler en toute confidentialité avec leur supérieur hiérarchique, aux RH ou à la personne de confiance. Ils peuvent également s’adresser à leur service de prévention pour obtenir un entretien avec le médecin du travail, un psychologue ou un autre expert en prévention.
💡 Même pendant la période de maladie, il est essentiel de rester en contact avec l’équipe. A cet égard, le rôle de l’employeur est important.
3. Le médecin du travail et les services de prévention
Le service de prévention externe soutient les entreprises en matière de bien-être, de prévention et de sécurité. Mobilisant une équipe pluridisciplinaire constituée d’ergonomes, de psychologues, de médecins du travail, d’experts en absentéisme, etc., il évalue les risques professionnels et détermine avec vous les actions à entreprendre. Impliquez-les et réfléchissez ensemble à une approche inclusive des malades invisibles.
Le médecin du travail est un maillon important, chargé de la surveillance de la santé. C’est la personne idéale pour soutenir le collaborateur atteint d’une maladie chronique. Il peut le faire en prenant contact avec le(s) médecin(s) traitant(s) ou le(s) supérieur(s) hiérarchique(s), mais aussi en suggérant des aménagements du poste de travail, ou encore en dirigeant le travailleur vers un psychologue ou un ergonome. Le médecin du travail peut également mettre en place une équipe médico-sociale avec votre service RH, votre conseiller en prévention interne et, éventuellement, d’autres conseillers en prévention.
💡Conseil : tout collaborateur, même non soumis à la surveillance médicale, peut solliciter une consultation spontanée avec le médecin du travail.
Sortez-les de l’invisibilité
Ne laissez pas les maladies invisibles invisibiliser vos travailleurs. La clé d’une employabilité durable ? Une approche préventive, humaine et inclusive. Vous vous posez des questions sur la gestion d’une problématique médicale ? Vous souhaitez mettre en place une politique en matière d’absentéisme ou améliorer vos compétences de leadership ? Vous êtes au bon endroit chez Mensura.